Zoom sur… LE VÉGÉTAL DANS LA 3D

Tout aussi essentielles que le choix d’un ciel ou d’une lumière adaptée, la flore et la végétation d’une représentation en 3D traduisent l’ambiance et la crédibilité d’une image. Leur composition relève d’une vraie réflexion stratégique pour convaincre les plus exigeants de la pertinence environnementale d’un projet.

Julien Ghys, vous êtes Graphiste 3D chez Persevoir depuis plusieurs années. Selon vous, quelle est l’importance du végétal dans la 3D, plus particulièrement dans la visualisation architecturale lumière dans une image 3D ? 

En dehors des personnages et de la représentation atmosphérique, les végétaux sont les principaux acteurs de la nature dans une image de synthèse.

L’importance qu’occupe le végétal au sein d’une image est par ailleurs croissante, en concordance avec la prise de conscience des enjeux écologiques et l’ère de développement durable dans laquelle nous sommes entrés depuis quelques années.

Pour nous, le plus important est de définir sa place dans une représentation architecturale : le végétal est un acteur esthétique incontournable ainsi qu’un puissant vecteur d’émotion. C’est aussi un moyen de mettre en avant des enjeux écologiques dans des projets d’architecture et d’urbanisme, et cela prend de plus en plus d’importance pour valoriser le vivant, la biodiversité et la promesse par l’image d’un meilleur cadre de vie. Ce sont aussi des enjeux politiques et de société qui s’expriment à travers leur représentation.

Techniquement et artistiquement parlant, avez-vous observé une évolution dans la représentation de la végétation sur ces dernières années ?

En effet, la manière dont on aborde la végétation dans notre production d’images 3D actuelle est très différente de celle de nos débuts. Pour la représentation d’écoquartiers par exemple, on construit quasiment aujourd’hui tout le projet autour de la partie botanique. On réfléchit et on pose bien en amont du projet la sélection des essences végétales et la manière dont on veut qu’elle soit perçue par l’audience.

Notre travail de représentation est le reflet d’une époque, de sa société et de son évolution. De plus en plus d’architectes intègrent une réflexion paysagère poussée dans leur travail, en faisant appel à des agences spécialisées ou en faisant travailler des collaborateurs sur cet aspect du projet. Pour nous, ce sont des interlocuteurs privilégiés avec qui nous devons être en mesure de dialoguer afin de comprendre leurs attentes, partager leur vision et la retransmettre dans nos images.

« …notre travail de représentation est le reflet d’une époque, de sa société et de son évolution… » 

Maîtriser et optimiser la dimension végétale d’une image, ça s’apprend, ça se travaille au fil du temps ?

C’est le fruit d’un apprentissage progressif et d’un intérêt personnel pour le monde du vivant qui permet d’acquérir les notions paysagères nécessaires. On découvre en premier lieu les différents types de zones végétales que couvrent leur domaine (ex. : zones humides, prairies, strates arbustives…) et leurs usages. Par la suite, il a fallu développer une connaissance plus fine des espèces de végétaux, d’arbres et d’essences qui les composent afin de les représenter fidèlement.

Aujourd’hui, nous sommes dans la capacité de repérer sur un plan ou une notice paysagère vers quelles variétés de plantes nous orienter en fonction des usages. Cela nous permet de gagner en crédibilité. Pour aller encore plus loin, nous essayons de mettre en valeur la flore et les essences locales en fonction de la région où est conçu le projet. On pourra par exemple retrouver en Normandie la reconstitution des haies bocagères qui furent détruites au fil du temps en lisière d’un projet de logement. Ces exemples sont innombrables et illustrent la nécessité de s’intéresser à l’histoire et aux particularités botaniques régionales. 


Les architectes font-ils souvent appel à ce savoir-faire dans vos collaborations ?

De façon explicite ou implicite, presque toujours grâce à l’importance grandissante donnée aux espaces verts dans notre environnement. En fait, tout dépend de leur sensibilité sur le sujet, et de l’image à réaliser aussi. Dans tous les cas de figure, les connaissances que nous possédons dans ce domaine les intéressent dans le sens où elles nous permettent d’être une vraie force de proposition pour améliorer une image 3D.

« …la mise en valeur des essences locales peut parfois être décisive dans un appel d’offres… »

Une représentation fidèle et crédible qui met en lumière des essences locales peut parfois être décisive dans un appel d’offres, car elle ancre le projet dans son environnement naturel. Il arrive d’ailleurs que ce soit des paysagistes qui nous recommandent auprès d’architectes pour notre traitement de la végétation, car ils savent que nous y sommes attachés.

«  …il arrive que ce soit des paysagistes qui nous recommandent auprès d’architectes… »

Les évolutions technologiques vous sont-elles aussi une aide dans ce domaine ?

Quand on parle de végétation en 3D, on parle de millions de polygones qui peuvent parsemer une scène et rendre sa manipulation complexe. Heureusement, il existe des logiciels et des plug-ins dont l’apprentissage permet de maîtriser ces contraintes. Au premier abord, la végétation semble s’opposer à l’image de synthèse, d’ordinaire un peu froide, mais nous disposons des connaissances et des outils qui permettent de la retranscrire fidèlement pour qu’elle ajoute de l’émotion et de la variété. Nous employons aujourd’hui des outils dédiés exclusivement à ce domaine qui permettent entre autres de modéliser des plantes, simuler la croissance d’un arbre, tout en tenant compte de la variété et de l’imperfection organique naturelle des plantes.

«  …reproduire à la perfection l’imperfection organique… »

Et la gageure est aussi de pouvoir couvrir de larges étendues en préservant un aspect naturel. Sur ce point, nous sommes équipés d’« outils de distribution » de la végétation, véritables simulateurs de la répartition et de la couverture végétale. On peut commander l’aléatoire et l’imparfait sur une surface donnée, et ne plus faire de sacrifices sur la définition des modèles 3D de plantes de haute qualité que nous employons.

La technologie ne fait pas tout pour autant ?

L’usage de ces technologies dédiées à la végétation 3D serait incomplet sans la sensibilité artistique et les connaissances personnelles que nous avons acquises.

À chaque collaboration, nous faisons le nécessaire pour comprendre les intentions paysagères dans le but de les retranscrire, et il faut toujours rester vigilant à ce que la végétation, quelle que soit son importance, serve et accompagne harmonieusement le projet architectural pour lequel nous sommes mandatés.

Ainsi, nous n’hésitons pas à composer un premier plan végétal très détaillé pour une image à hauteur d’homme, a contrario d’une vue aérienne pour laquelle nous traiterons la végétation d’une manière plus schématique et didactique afin de comprendre et identifier les tenants et aboutissants du projet.

Document type de palette végétale envoyé par des paysagistes


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